Julie Ferrua et Murielle Guilbert, co-déléguées générales de l'Union syndicale Solidaires, sont signataires de la Tribune "Nous ne laisserons pas le maire d’extrême droite s’attaquer à nos libertés syndicales et associatives".
Dans cette tribune, parue dans le journal l’Indépendant, les secrétaires générales et généraux des syndicats CFDT, CGT, Solidaires, FSU, UNSA ainsi que l’association la Ligue des droits de l’homme, demandent au maire Rassemblement national de Carcassonne, "de renoncer au projet visant les organisations syndicales de l’Aude, de revoir sa position concernant l’hébergement et le subventionnement de la Ligue des droits de l’homme".
Lors du conseil municipal du 30 avril dernier, le nouveau Maire de Carcassonne a annoncé vouloir mettre fin à la mise à disposition de locaux pour les organisations syndicales qui avaient participé la veille à une manifestation contre l’extrême droite organisée par un collectif de jeunes de Carcassonne (Nous Carcassonne).
Cette décision, qui consiste à vouloir effacer le rôle du syndicalisme dans l’histoire du département et qui intervient après le retrait des subventions de la Ligue des droits de l’Homme et après avoir dénoncé un contrat dont bénéficiait la presse indépendante, est une attaque contre les organisations de la société civile et contre les travailleurs et les travailleuses.
En s’attaquant ainsi aux organisations syndicales, aux associations de défense des droits et des libertés, la mairie RN affiche clairement son ambition, exiger l'allégeance à ses idées au détriment de l'intérêt général, s’en prendre aux droits de toutes et tous et annihiler toute opposition.
Le message, à un an des élections présidentielles est tout aussi limpide, la Mairie de Carcassonne sera le laboratoire de la politique antisociale de l’extrême droite, avec une doctrine claire : fort avec les faibles et faible avec les puissants.
D’ailleurs, le maire de Perpignan, et premier vice-président du Rassemblement national (RN), l’a confirmé lors du meeting du RN ce 1er mai à Mâcon en promettant aux 5000 sympathisants réunis « Ce que nous avons commencé [à l’échelon municipal], nous sommes prêts à le faire au plus haut niveau de l’État ».
Dans un contexte d’accroissement des inégalités sociales, nos organisations syndicales et associatives sont les remparts indispensables pour la défense des droits de toutes et tous, dont les droits des travailleurs et travailleuses, des précaires, des privés d’emplois et des retraités.
Affaiblir nos organisations, mettre en œuvre des stratégies pour les faire disparaitre ou tenter de museler leur expression, c’est une attaque directe contre les droits et les libertés, l’État de droit et les fondements de notre démocratie, que nous ne pouvons accepter.
Nos organisations, au niveau national, réaffirment leur total soutien aux organisations locales visées par la politique autoritaire du maire de Carcassonne.
Nous demandons solennellement à Monsieur le Maire, de renoncer au projet concernant les organisations syndicales de l’Aude, de revoir sa position concernant l’hébergement et le subventionnement de la Ligue des Droits de l’Homme.
Signataires :
Marylise LÉON, Secrétaire générale de la CFDT
Sophie BINET, Secrétaire générale de la CGT
Laurent ESCURE, Secrétaire général de l’UNSA
Julie FERRUA et Murielle GUILBERT, Co-déléguées générales de Solidaires
Caroline CHEVÉ, Secrétaire générale de la FSU
Nathalie Téhio, Présidente de la Ligue des Droits de l'Homme
Courrier intersyndical envoyé aux ministres de l'intérieur et du travail

Monsieur le ministre de l’Intérieur, Monsieur le ministre du Travail, À Carcassonne, le nouveau maire a engagé une procédure visant à expulser les organisations syndicales de leurs locaux. Cette décision constitue une attaque grave contre la liberté syndicale et contre nos organisations qui participent depuis des décennies à la vie démocratique et sociale de notre pays. A Carcassonne, comme ailleurs, les locaux syndicaux et les Bourses du travail, ne sont pas pas des locaux municipaux comme les autres. Comme partout en France, il s'agit de lieux historiques d’accueil, d’organisation et de défense des travailleurs et travailleuses. A Carcassonne, depuis près de 90 ans, les salarié·es peuvent être accueilli·es à la bourse du travail et accompagné·es notamment grâce à des permanences juridiques face aux licenciements abusifs, aux impayés, aux accidents du travail, aux discriminations et à la précarité. Dans un territoire durement touché par les inégalités sociales, cette présence est essentielle.
Présenter cette expulsion comme une simple mesure administrative relève de la mauvaise foi politique. Cette décision s’inscrit dans une série d’actes assumés par le maire RN de Carcassonne : suppression de subventions à la Ligue des Droits de l'Homme et à toutes les associations qui critiquent l'extrême droite, retrait du drapeau européen sur la façade la mairie, remplacement du portait du Président de la République par celui de Marine Le Pen, suppression des publications légales dans la presse locale considérée comme trop critique... Aujourd’hui, ce sont les syndicats, qui sont directement visés parce qu’ils constituent un contre-pouvoir organisé, capable de défendre les droits sociaux et les libertés collectives. Messieurs les ministres, s’attaquer à une Bourse du travail n’est jamais anodin. Ces lieux sont issus de l’histoire du mouvement ouvrier et de la construction des solidarités populaires. Un rapport de l’Inspection Générale des AƯaires Sociales de 2013 sur les Bourses du travail et les Maisons des syndicats chiƯrait leur fréquentation à plus d’un million de personnes dans le cadre des permanences juridiques et sociales. Les aƯaiblir ou les faire disparaître revient à porter atteinte à la capacité des salariés à se défendre collectivement et à accéder concrètement à leurs droits. Cette décision est contraire à la Convention sur la liberté syndicale et la protection du droit syndical de 1948. Ce qui se joue à Carcassonne dépasse largement le cadre local. Si une municipalité peut, pour des raisons idéologiques, expulser des organisations syndicales d’un lieu qu’elles occupent parfois depuis près d’un siècle, alors c’est un précédent extrêmement dangereux qui est créé pour l’ensemble du pays. Nous vous demandons solennellement d’intervenir afin que soit garanti le respect des libertés syndicales et des principes républicains. Nous appelons également les services de l’État et la préfecture de l’Aude à prendre leurs responsabilités face à une décision qui remet directement en cause l’exercice normal de l’activité syndicale. Il ne s’agit pas seulement de défendre un bâtiment. Il s’agit de défendre un principe fondamental : dans une démocratie, les syndicats ne doivent jamais être réduits au silence par le pouvoir politique.
Convaincus de votre attachement aux principes fondamentaux de notre démocratie et de notre République, nous vous prions d’agréer, Messieurs les ministres, l’expression de nos sentiments les meilleurs.
Signés par les secrétaires nationaux des syndicats SOLIDAIRES / CGT/ CFE-CGC / CFDT / FSU / FO / UNSA