Expression Directe du 23 mars 2024 : l'Union syndicale Solidaires répond à vos questions

Le podcast :

A écouter ici : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/expression-directe/expression-directe-du-samedi-23-mars-2024-2673241

La retranscription de l'interview :

Bonjour Gaëlle Martinez,

Vous êtes secrétaire nationale de l’Union syndicale Solidaires et déléguée de Solidaires fonction publique. Le gouvernement a fait ces dernières semaines des annonces d’économies massives. Bruno Le Maire a annoncé 10 milliards d’économies pour 2024, et 20 milliards supplémentaires pour 2025. Dans la foulée, il a également annoncé la fin du “tout gratuit”.
Qu’en pensez vous ?

Effectivement, le gouvernement attaque frontalement. Certes, il n’en est pas à son coup d’essai avec ses discours sur l’impératif de “faire des économies”. Mais tout de même là, on atteint des sommets dans le mépris de la population. Le gouvernement assume pleinement la casse de toute justice sociale ….

Ces milliards annoncés ce sont des coupes dans les politiques publiques telles que l’écologie, l’Education, le logement, l’égalité, le handicap… alors même que tous ces sujets sont essentiels et qu’on se trouve dans un contexte d’inflation et de paupérisation. La planète est à bout de souffle et on coupe les budgets sur l’écologie. Tout le monde voit que l’Education nationale est en très grandes difficultés, encore plus dans certains territoires comme la Seine Saint Denis où il y a une lutte très forte en cours pour un plan d’urgence, pour simplement pouvoir enseigner dans des conditions décentes! Et pourtant, le gouvernement choisit de faire encore des économies.

Pour Solidaires ces économies, ce sont des attaques contre les services publics et la population qui en a besoin bien entendu.

Ces coupes budgétaires, elles sont tout autant insoutenables que le discours tenu par Bruno Le Maire sur la fin du “tout gratuit”.
Parce que rien n’est gratuit. La protection sociale, ça n’est pas la gratuité. Elle repose sur la solidarité financée par nos cotisations sociales. Les services publics sont alimentés le budget de l’Etat, par l’impôt.. Et c’est bien aux exonérations de cotisations patronales qu’il faut s’attaquer, aux allégements fiscaux pour les plus riches. Faut-il rappeler qu’il y a eu 278 milliards d’exonérations sociales entre 2019 et 2022 ? Il est bien là le problème. Surtout quand on a encore atteint un record de distributions de dividendes cette année, avec 97 milliards! C’est là qu’il faut chercher l’argent au lieu d’aggraver les inégalités sociales.

C’est en partie dans ce cadre d’attaques que se plaçait la journée de grève dans la fonction publique ce 19 mars ?

La journée du 19 mars portait sur l’absence de revalorisations salariales dans la fonction publique. Les agent·es ont subi des années de gel de leurs rémunérations suivi de maigres revalorisations et que le ministre de la fonction publique annonce une année blanche en 2024.
Tout ceci n’est pas admissible bien entendu pour les agent·es publics.

Les perspectives de rémunération au mérite annoncées dans la future loi fonction publique sont par ailleurs pour Solidaires une ligne rouge. On ne peut pas avoir remercié les agentes et agents publics pendant le covid, les appeler dès qu’une crise se présente et dire qu’il n’y a que quelques méritantes et méritants. La notion même de rémunération au mérite ne peut par principe de toutes façons pas aller de pair avec les services publics.

Au-delà de ces questions de rémunérations, il ne faut surtout pas oublier que toute attaque contre la fonction publique est surtout une attaque contre les services publics. Et les services publics, ce sont bien la justice sociale et la réduction des inégalités pour la population.

On ne peut pas vivre dans un monde gouverné par l’argent et le profit.

Tout ceci arrive quelques mois avant les Jeux Olympiques et paralympiques. Comment envisagez-vous cette période ?

Pour Solidaires, il ne peut être question que les JOP soient les jeux de l’argent et qu’ils se fassent sur le dos des travailleuses et des travailleurs qu’ils et elles soient du public ou du privé, qu’ils et elles aient des papiers ou pas.

On sait que l’organisation des Jeux a des conséquences concrètes sur la vie d’une partie des travailleurs et travailleuses qui sont dans le bâtiment, les services régaliens, les transports en préparation des Jeux eux-mêmes, qui sont dans les territoires qui accueilleront des épreuves… Cela va avoir des conséquences importantes sur leurs conditions de travail… et on sait qu’il y a déjà des accidents du travail , les charges de travail qui explosent, les congés sont interdits pendant tout ou partie de l’été… Et cela ne peut se faire en mettant des gens en danger, en difficulté dans leur lieu de vie. Les Jeux Olympiques et Paralympiques ne doivent pas se faire au détriment des droits des travailleurs et de la population qui va subir des contraintes importantes.

Les droits ça doit être pour toutes et tous, tout le temps !